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Android 18 : Google conteste l’ouverture aux assistants IA


Le 29 septembre 2026, Alphabet a saisi le Tribunal de l’Union européenne à Luxembourg contre les décisions de la Commission du 16 juillet 2026 prises au titre du règlement sur les marchés numériques. Ces décisions imposent d’ouvrir onze fonctions d’Android à des assistants d’intelligence artificielle concurrents, et de partager des données de recherche anonymisées, y compris avec des chatbots qui proposent de la recherche. Le calendrier public demeure Android 18, au plus tard le 1er août 2027 : le recours, à lui seul, ne suspend pas cette échéance.



Crédit : Commission européenne
Crédit : Commission européenne
Alphabet ne conteste pas une idée vague. Le recours annoncé le 29 septembre 2026 vise deux décisions de la Commission européenne du 16 juillet 2026, prises au titre du règlement sur les marchés numériques. L’une dit comment Android doit s’ouvrir à des assistants d’intelligence artificielle autres que ceux de Google. L’autre organise le partage de données de recherche anonymisées. C’est ce calendrier, plus que le principe du procès, qui dit ce qu’un téléphone pourra faire en Europe.

Ce que le recours ne décale pas

Google a indiqué ce mardi saisir le Tribunal de l’Union européenne, à Luxembourg. Oliver Bethell, directeur principal chargé de la concurrence, invoque la sécurité et la vie privée. En droit de l’Union, saisir le juge ne gèle pas la décision. L’article 278 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne prévoit que le recours n’a pas d’effet suspensif. Une pause suppose une demande à part, puis une ordonnance.

Les pages de la Commission et le récit du dépôt du 29 septembre n’en mentionnent aucune. Tant que cette ordonnance n’est pas publique, les dates de juillet restent dues. Les mesures d’interopérabilité doivent entrer dans Android 18, et au plus tard le 1er août 2027. Le recours peut, plus tard, annuler ou réécrire les décisions. Il ne les efface pas le jour du dépôt.

Onze fonctions, une journée sur le téléphone

La Commission n’ouvre pas « l’IA » en bloc. Elle liste onze fonctions déjà utilisées par Google et, pour l’essentiel, réservées à ses services. Le consentement explicite de l’utilisateur reste exigé. Le texte se lit mieux en gestes qu’en catégories.

Le matin, l’écran est souvent éteint. Un mot d’éveil doit pouvoir lancer l’assistant choisi par la personne, au volant, en cuisine ou pendant un podcast, y compris en économie d’énergie. « Hey Google » ou « OK Google » ne peuvent plus être le seul sésame. L’appui long sur le bouton d’accueil, ou sur la barre de navigation, doit aussi appeler un service tiers à partir du contexte, au lieu de rester capté par la recherche Google, par exemple avec Circle to Search.

Dans la journée, l’assistant n’existe que s’il agit dans les autres applications. La décision couvre des actions que l’application et l’utilisateur acceptent d’exposer : envoyer un message, créer une note, poser un rendez-vous. Des applications Google sont citées pour une intégration au niveau du système : Gmail, Agenda, Drive, Docs, Maps, YouTube, Messages et Téléphone. L’automatisation d’écran doit enchaîner des étapes dans une fenêtre virtuelle, pendant que la personne fait autre chose. L’exemple de la Commission : ouvrir une liste de courses, puis l’application d’un magasin. S’y ajoutent des réglages du téléphone : luminosité, média, mode ne pas déranger, Bluetooth.

Le contexte forme le troisième bloc. Un accès centralisé aux données que les applications ont choisi de garder sur l’appareil, et de partager, évite de négocier application par application. L’intelligence contextuelle doit pouvoir proposer une action sans que l’utilisateur relance l’assistant : un numéro de vol tiré du courriel quand le départ approche, une suggestion pendant une conversation. Micro, caméra, écran et haut-parleurs doivent être accessibles aux tiers dans les mêmes conditions de consentement que pour Google.

Dernier bloc, les ressources. Les tiers doivent pouvoir appeler les modèles déjà présents dans le système, dont Gemini Nano sur l’appareil, avec une égalité d’accès, par exemple en performance. Ils doivent pouvoir installer leurs propres modèles dans les mêmes conditions de matériel et d’exécution de fond, y compris écran éteint. Résumer, relire ou transcrire sans tout envoyer dans le cloud fait partie des usages que la Commission associe à ces modèles locaux.

La voix d’abord, plusieurs assistants ensuite

L’ensemble est exigé dans Android 18, au plus tard le 1er août 2027. Un seul point est décalé. La détection simultanée de plusieurs mots d’éveil, pour que plusieurs assistants puissent être déclenchés par la voix, attend Android 19, au plus tard le 1er août 2028. D’ici là, le mot d’éveil ne doit plus être réservé à Google, mais l’écoute concurrente de plusieurs services n’est pas au même jalon.

L’interopérabilité doit être gratuite, aussi efficace que chez Google, sans parcours inutilement lourd et sans exiger le rôle d’assistant par défaut. Elle vaut aussi sur les appareils d’autres marques. Les constructeurs gardent leurs interfaces s’ils ne la bloquent pas. La mise en œuvre reste chez Google, et la voix ne concerne que les téléphones déjà dotés de la puce utile.

Pour quelques fonctions sensibles, un filtre d’éligibilité est prévu, lié à la vie privée, à la sécurité et à l’intégrité, sans exigence commerciale supplémentaire. Rien, dans les pages lues le 29 septembre, n’en fait un report d’Android 18.

Requêtes et classements, l’autre front

La seconde décision applique l’article 6, paragraphe 11, du DMA. Google doit proposer à des moteurs éligibles des données anonymisées de requêtes, de clics, de consultations et de classements. Les chatbots qui font de la recherche sont dans le périmètre. La Commission indique qu’une première proposition de Google les en écartait, et qu’elle n’avait pas trouvé preneur. Le partage ne porte pas sur l’algorithme. Il sert à développer sa propre recherche, pas à entraîner des modèles d’IA à usage général, ni à copier systématiquement les résultats de Google, ni à profiler pour de la publicité sans lien avec la recherche.

L’anonymisation y est décrite comme des mesures techniques, complétées par des contrats et des audits. Google dit l’inverse sur le niveau de protection. Bethell déclare : « People use Search for their most personal questions — from medical worries to close relationships — and mandating we share these personal queries without adequate safeguards would cause irreversible harm to user privacy. » Le sens : les gens posent à la recherche leurs questions les plus personnelles, des soucis de santé aux relations proches, et imposer le partage sans garanties suffisantes causerait un tort irréversible à leur vie privée. Le Tribunal ne s’est pas prononcé.

Cette seconde décision n’épouse pas la date d’Android 18. Parmi les jalons publiés, l’offre tarifaire doit être finalisée et communiquée à la Commission ainsi qu’aux moteurs tiers d’ici à janvier 2027. Le prix doit coller aux coûts incrémentaux du partage, pas à une redevance libre. Le recours du 29 septembre n’en publie pas le report.

Le poids d’Android en Europe

La Commission lie le dossier à la diffusion du système. Elle écrit qu’environ 60 % des utilisateurs mobiles européens sont sur Android, et que l’assistant devient une manière principale d’utiliser le téléphone. Gemini a déjà cet accès profond. Un assistant installé par l’utilisateur, non. Google répond que forcer le passage, surtout sur les requêtes, abîmerait la confiance.

Pigiste pour EcranMobile.fr En savoir plus sur cet auteur


Mercredi 30 Septembre 2026


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