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La journolettre n°8 : la fois où le web a fait chanter le ministre de l'intérieur

Rédigé par le Dimanche 16 Mai 2021

Dans la newsletter d' Ecranmobile dédiée aux professionnels des médias numériques cette semaine, on parle de la fin de la télé à la papa, de l'avènement des deepfakes qu'on crée directement sur son téléphone mobile, et de tout un tas de bons liés dénichés sur le web.



Me gausser de moi-même ? m'autogausser?

Salut à toi LesInternets,

Je pourrais me gausser de moi-même en liminaire de la revue de la semaine... Débuter une newsletter médias et numérique par un article faisant l'éloge du linéaire. Et pourtant je pense que le directeur des programmes d' Arte a raison.

Après avoir longtemps été le parent pauvre des tous les médias, les services de VOD ont désormais le vent de la hype en poupe (tiens ça fait une jolie assonance). C'est tendance, c'est OK, c'est bath, c'est in, comme dirait Boney M. Je me souviens avoir participé au colloque du sénat il y a deux ans et entendre des sénateurs de l'âge de mes parents, expliquer que l'avenir de la télé se jouera sur l'IP et que les chaînes diffusées en hertzien à l'ancienne c'en sera fini, avec une certitude ultracrépidarienne qui m'amusait un peu, parce qu'elle se gobergeait uniquement du support et non du contenu.

Et pourtant le cinéma n'a pas tué le théâtre. La radio n'a pas tué les journaux, la télévision n'a pas tué ni le cinéma, ni le théâtre, ni les journaux ni la radio. Mais, les usages se sont transformés. Je me souviens de mon grand père, qui par habitude, le dimanche soir allait dans la cuisine pour écouter le multiplex et les résultats d'Anderlecht, alors que le zapping (manuel) existait déjà et que Match 1 sur la rtbf donnait les résultat et les meilleures actions des matches du soir... Quand je lui demandais pourquoi, il me répondait que c'était pour l'ambiance du match et les buts en direct. Même s'il ne les voyait pas. Même s'il ne voulait pas nous embêter avec ça, ma grand-mère et moi.

On a chacun une habitude avec un médium, vouloir tuer l'une pour passer à l'autre est une aberration. Faire évoluer en connaissant les nouvelles habitudes offertes par chaque support, par contre, est possible. La télévision n'a pas tué la radio de mon grand-père, mais il suffit d'une pandémie qui développe le télétravail, et les audiences matinales chutent. La radio est devenue la meilleure amie des embouteillages. La télé linéaire, pensée à l'hertzienne continuera d'avoir une place, réduite, plus ciblée. Je ne crois pas à sa transposition en télé OTT ou en IP quand les "têtes blanches" de la génération post 68 seront décédées. La télévision en OTT ou sur IP ne pourra pas être que un nouveau support pour le même produit qu'avant.

Oui mais...

Oui mais...

Le mauvais exemple de la transition numérique de la presse, laisse des traces dans tous les Comex de France. Après avoir laissé partir toute sa plus-value dans le mirage publicitaire, puis filé sa valeur ajouté d'actu au bénéfice des moteurs de search ou à l'aura de facebook... La voici dépourvue à l'heure de la bise qui s'en vient. Elle a créé l'usage du gratuit et adoubé les réseaux sociaux qui en ont tué la valeur. Il ne reste plus à ces entreprises décadentes qu'à pleurer leur larme d'encre et de sueur. Cet exemple particulier de "ratage de son pivot des usages" laisse des traces sur les décideurs qui en viennent à réaliser la prophétie du sénat.

Comme jadis les maisons de disques laissèrent inventer Spotify, tandis qu'ils se battaient contre Napster; comme la presse rata son passage au web... Forcément, dans l'esprit des chefs digitaux élus ou non, comme le web va flinguer la télévision à la papa, il convient de tout miser désormais sur son passage à de nouveaux supports, sans vraiment réfléchir pour savoir si le consommateur a envie d'une télé linéaire en IP qui a la forme d'avant, sur le même outil où il regarde sa série préférée et Youtube à la demande.

35 millions de spectateurs ont regardé le "nous sommes en guerre", aujourd'hui oublié, d'Emmanuel Macron. Combien sur l'écran familial, combien sur leur tablette, combien sur le direct d'un site d'info. On S'En Fiche en fait. La question est : combien étions-nous à regarder chaque semaine en famille confinée, au salon, Jérôme Salomon égrainer le nombre de morts, quand 200 décès quotidiens nous semblaient plus important que rouvrir des terrasses ou faire des posts instagram "j'ai la 5G" à l'issue d'une première dose de vaccin - qui ne nous protègera au mieux qu'au début de l'été-? Le support après l'usage.

Trop tôt pour les obsèques

C'est une erreur d'enterrer le linéaire. Il ne mourra pas. Certains usages nécessitent le partage en famille, le direct, l'échange au PMU ou dans un cercle. C'est une erreur également de penser que l'avenir consiste simplement à la déplacer de support tout en la laissant exister dans sa forme actuelle.

Pourtant c'est une des directions que prennnent les chaînes de télévision formées par 50 années de grilles et de recettes. Le moment actuel qu'on vit en télévision est étrange.

La VOD est d'une évidence et d'une praticité indéniable. Elle touche de plus en plus de tranches d'ages et de supports connectés. Enfin le film commence quand le lave-vaisselle est rempli et les enfants couchés. Enfin on peut jeter un oeil à ce qu'on veut exactement à l'heure du repassage ou de la constipation aux toilettes.

A contrario c'est un déni de penser que la VOD va tout supplanter parce qu'elle serait une forme de télé à l'ancienne vendue à la découpe, sans nouveaux contenus, nouveaux formats, nouvelle grammaire, nouvelles pratiques. Appliquer des méthodes d'un autre age au streaming ou à la VOD est voué à faire crasher le service: je connais déjà aujourd'hui des services de VOD où les recommandations faites aux utilisateurs ne sont pas basées sur les consommations réelles de ces derniers, mais décidées en comités issus d'autres temps... genre comme s'il n'y avait que quatre personas de spectateurs, comme avant: le ménager d'avant 50 ans, le jeune, la mère de famille et quatre habitudes de consommation.

Il faudra un jour penser la télévision linéaire en IP des enfants et petits enfants de papa: celle des dessins animés ou des chaînes d'information qu'on peut voir tous les matins dans la France des petits déjeuners et des bars PMU (avec pass sanitaire). Celle des débats de famille et de quelques émissions qui de The Voice à l'Eurovision, se regardent à plusieurs, réunis.

Il va falloir penser son articulation avec l'actu radio presque en temps réel, celle des réseaux sociaux en temps réel et parfois en temps frelaté, celle enfin des usages en replay, ou à la demande, qui n'ont et n'auront pas vocation à supplanter un le linéaire, si tant est que le linéaire trouve sa place entre le temps réel des réseaux sociaux et le temps choisi de la consommation à la demande.

Du linéaire pour accompagner ton café du matin?

Mais de fait n'aura-t-on plus que des chaînes linéaires qui diffusent les dessins animés à l'heure du corn flakes des gamins et de l'info continue pour le petit serré d'avant chantier? Verra-t-on les grands messes du show progressivement se désargenter par transfert de comptabilité vers les achats VOD? Comme le journal, la radio, le théâtre, le cinéma, le disque, la télévision linéaire n'est pas morte, elle répond à un besoin, qui de masse devient une niche. Elle ne survivra pas en l'état sur de nouveaux support. Elle doit se réinventer.

Allez bonne lecture LesInternets, on se retrouve la semaine prochaine, ou d'ici là sur Discord (Profite, pour le moment il est ouvert à tous les abonnés) .

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"Mais, Denis c'est gratuit. " Je t'ai déjà dit non que j'étais plus doué pour scruter les business que pour les monter. ;-) Accroche toi à ton clic, on est parti:

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