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2010, année de la Télévision Mobile Personnelle ?

Rédigé par La Rédaction le Mercredi 14 Avril 2010


Cela fait des années que l’on entend parler de la télévision mobile personnelle (TMP) et pourtant cela est encore loin d’être une réalité. Même si en France 25% des abonnés mobiles se disent intéressés, il reste encore de nombreux obstacles à régler avant que la TMP fasse partie du quotidien. Une tribune de Charbel KFOURY, Manager Ineum Consulting.



Qui n’a pas rêvé de pouvoir, dans les transports ou en faisant la queue au supermarché, suivre les épreuves des Jeux Olympiques, les matchs de la Coupe du Monde de Football ou encore le dernier épisode de sa série préférée ? Un rêve qui sera peut-être bientôt possible grâce à la télévision mobile personnelle (TMP). Encore faut-il que la France soit prête à l’accueillir aussi bien culturellement et technologiquement qu’économiquement.

À l’échelle européenne, il n’existe pas de véritable exemple de « success story ». L’Italie, qui avait bien amorcé le démarrage de la TMP en 2006, n’a pas réussi à transformer l’essai : les offres de contenu, trop compliquées, n’ont pas convaincu les clients. Au niveau mondial, les deux pays précurseurs, le Japon et la Corée, sont en train de reconsidérer leur modèle économique : basé essentiellement sur le gratuit… il s’est avéré non viable.

En France, tout semblait propice au développement de la TMP. Premier parc européen d’utilisateurs de la télévision mobile 3G (plus de 1,2 millions en 2007), 25% des 55 millions d’abonnés mobile qui se disaient intéressés par la TMP (Harris Interactive, octobre 2007)… Le pays possédait une bonne base de conversion aux futures offres TMP. D’autant plus que, au niveau du contenu, le CSA avait sélectionné 16 chaînes, aussi bien généralistes (TF1, M6…), que d’information (BFM TV, I-télé) ou encore sportives (Eurosport, Orange sport). Le télé-MP-spectateur français aurait de quoi « zapper ».

Malgré ce terrain propice au développement de la TMP en France, il reste de nombreuses zones d’ombres, qu’il est urgent de résoudre afin de s’assurer un véritable succès. Il faut tout d’abord déterminer un modèle économique et définir le rôle des différents acteurs de la chaîne de valeurs (diffuseurs, opérateurs, fabricants de terminaux…). En effet, doit-on faire payer les chaînes de la TMP ou au contraire les rendre gratuites, pour profiter d’une maturation accélérée ? Ou faut-il proposer un modèle similaire à la TNT, avec une majorité de chaînes gratuites et quelques-unes payantes ? Le modèle payant intéresserait les opérateurs (notamment avec une couverture indoor) tandis que les chaînes penchent vers un modèle gratuit (avec une couverture outdoor évitant ainsi une couverture indoor qui viendra concurrencer la TV classique). Il s’agit de se mettre d’accord ! De même, les opérateurs seraient-ils les seuls à subventionner les portables (on estime à environ 7 euros le « chipset » permettant de rendre un téléphone compatible DVB-H) ou doit-on faire payer une redevance aux clients qui achètent un terminal compatible ?

Par ailleurs, il est urgent de se décider quant à la norme à adopter. Et ce au niveau européen, pour garantir l’interopérabilité transfrontalière. L’Europe s’est prononcée en 2007 en faveur du standard DVB-H. Jugé trop coûteux à mettre en place, les téléphones compatibles peinent à émerger… Il serait donc peut-être intéressant d’étudier les autres standards disponibles. Le DVB-SH, norme européenne faisant partie de la famille DVB (satellite, câble, TNT…) est un système hybride intéressant : il permet la réception de contenus aussi bien par satellite que par répéteurs terrestres complémentaires. L’IMB (Integrated Mobile Broadcast) est un autre standard qui a l’avantage de ne pas coûter cher. Réutilisant des fréquences déjà attribuées aux opérateurs 3G, ses services sont compatibles avec les terminaux actuels. Enfin, certains considèrent que les réseaux 3G et LTE seraient suffisants pour répondre aux usages, convaincus que la consommation de télévision sur mobile se fera plutôt sous forme de programme à la demande que de diffusion de flux. La faiblesse de cette solution (diffusion Unicast) réside dans la bande passante disponible qui pourrait conduire à la saturation du réseau, avec l’augmentation du nombre d’utilisateurs.

Autre inconnue qui n’est pas encore résolue : la solution du déploiement et son financement. Plusieurs scénarii ont été abordés mais aucun n’a encore été adopté. Faut-il couvrir le territoire à 30% avec du standard DVB-H et répartir le coût d’investissement (estimé entre 60 et 75 millions d’euros) entre les 16 chaînes sélectionnées, les 4 opérateurs mobiles et les autres acteurs de la TMP ? Ou alors privilégier un déploiement du standard DVB-H sur seulement 17% du territoire, qui serait alors financé à 100% par TDF, et faciliter en parallèle l'adoption de la technologie DVB-H en imposant son intégration dans les terminaux mobiles ? On peut également se poser la question d’utiliser la variante DVB-SH ou encore de réaliser un déploiement en deux temps, outdoor puis indoor…

Le cadre réglementaire aussi reste à définir. L’ARCEP et/ou le CSA devront établir des règles pour tout ce qui concerne la gestion des droits audiovisuels, les lignes éditoriales des chaînes, le quota de diffusion et de production…

Les offres de contenu ne sont pas non plus totalement déterminées. Faut-il s’aligner sur les contenus existants ou les adapter à l’usage mobile, en privilégiant un format plus court, des images différentes (des zooms sur les joueurs lors de matchs de football, par exemple) ? Il est en tout cas certain que la personnalisation et l’interactivité au sein des programmes (paris sportifs en direct, votes en direct pour les émissions de télé-réalité,…) seront les clés du succès, tant pour les revenus additionnels générés que par la nature-même du mobile, construit pour en tirer pleinement parti.

Le contenu publicitaire aussi est à réinventer. À travers la TMP et les appareils connectés utilisant la « voie de retour », les clients pourront être ciblés plus finement, avec du contenu adapté à leurs goûts et à leur consommation. Les deux technologies d'encryption, les Digital Rights Management (DRM) et les Smart Card Profile (SCP), offre la possibilité d'intégrer des éléments interactifs afin de permettre l'achat de produits sur mobiles ou la participation à des études et concours.

Enfin, la télévision mobile personnelle ne se développera que si des « agitateurs d’idées » viennent donner une impulsion au marché. Ce fut le rôle joué par Bouygues Télécom dans le cas de la téléphonie mobile, avec le lancement de ses forfaits, ou encore celui d’Apple qui a contribué à l’explosion de l’usage de la 3G avec son iPhone. Certains parient sur Free pour être « l’agitateur » qui redonnera un second souffle à la TMP.

Il reste donc encore de nombreuses problématiques sur lesquelles il faut rapidement trancher. Au risque de ne jamais voir la TMP débarquer sur l’Hexagone. Pour le moment, le CSA a signé les autorisations de diffusion avec les acteurs intéressés qui auront deux mois pour créer une société commune pour travailler sur le projet. Mais aujourd’hui, seul TDF semble encore décidé à se lancer dans l'aventure.




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