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JC Stienlet, Scalebay : “On peut vibe coder une app mais pas encore sa promotion”


Co-fondateur et head of app growth chez Scalebay, agence spécialisée en marketing mobile et croissance d'applications mobiles, Jean Christophe Stienlet analyse l’impact du Vibe Coding sur les métiers de l’App Marketing.



​On entend beaucoup parler de “vibe coding”. Est-ce vraiment une révolution ou juste un nouveau buzzword ?

JC Stienlet, fondateur de Scalebay
JC Stienlet, fondateur de Scalebay

Jean-Christophe Stienlet (JCS) - Le mot peut agacer les allergiques aux anglicismes, mais clairement, on assiste à une petite révolution, déjà visible dans les stores. Sur l'App Store, on est passé d'environ 1200 lancements par jour en moyenne en 2023 à plus de 3100 en 2026, soit un rythme multiplié par plus de 2,5. Et dans l'univers des apps à abonnement, le nombre de lancements mensuels a été multiplié par sept depuis 2022. Ce n'est plus théorique : la barrière à l'entrée est en train de tomber.

Avant, il fallait savoir coder, recruter des développeurs de confiance ou lever suffisamment d’argent pour se payer une équipe. Aujourd’hui, un entrepreneur peut prototyper son interface avec Claude, ChatGPT, MWM ou Replit, puis brancher des briques existantes pour l'attribution, l’engagement, le paiement, l’analytics, l’authentification ou les abonnements et arriver très rapidement à un produit fonctionnel.


​Est-ce que cela signifie que n’importe qui peut lancer une fintech demain matin ?

JCS - Techniquement, presque. Commercialement et réglementairement, évidemment non.

Quand on regarde ce qui a changé, pour créer une application de finance, vous n'avez plus forcément besoin de développer vous-même l’authentification, le paiement, l’analytics, les notifications, le stockage ou toute l’infrastructure produit. Vous assemblez des briques existantes et l’IA écrit une partie croissante de la couche qui les relie. Des sociétés comme Powens ou Bridge, qui permettent l’accès ultra sécurisé aux données et aux paiements bancaires via API, gagnent ainsi davantage de clients.

Les développeurs utilisent d’ailleurs massivement ces outils. En 2025, 84 % des développeurs interrogés par Stack Overflow utilisaient déjà ou prévoyaient d'utiliser des outils d'IA dans leur développement, et 51 % des développeurs professionnels déclaraient les utiliser quotidiennement.

En revanche, il ne faut pas laisser croire que l'humain a disparu : 46 % déclarent se méfier davantage de l'exactitude des résultats de l'IA qu'ils ne lui font confiance. Cela veut dire que l'IA accélère énormément la production, mais que l'expertise reste essentielle dès que les enjeux deviennent sérieux.

​Qu'est-ce que cette explosion va changer dans l'écosystème mobile ?

JCS - On passe progressivement d’une économie de rareté de la production à une économie de rareté de l’attention.

Si créer une app coûte moins cher et prend moins de temps, mécaniquement davantage de produits arrivent sur le marché. Mais nous n'avons pas soudainement sept fois plus d'heures disponibles sur nos smartphones. Il va donc y avoir beaucoup plus d'applications qui se battent pour les mêmes utilisateurs. Il va donc y avoir beaucoup plus d’applications qui se battent pour exactement les mêmes utilisateurs.

Les grands gagnants seront les entrepreneurs. Une idée qui n’aurait jamais justifié 200 000 euros de développement ou une levée de fonds laborieuse sur la base d'une promesse, peut désormais être créée et testée beaucoup plus facilement.

Ensuite, tous les outils et métiers du marketing mobile qui permettent à une application d’émerger : acquisition, App Store Optimization, créa, analytics, CRM, conversion et monétisation.

Quand tout le monde peut construire, la distribution devient le skill ultime. Et c’est exactement ce qui s’est produit dans beaucoup d’autres industries numériques, lorsque produire devient facile, savoir distribuer devient encore plus précieux.

Quel rôle les agences de marketing mobile vont-elles jouer dans ce nouveau marché ?

JCS - Davantage d’applications signifie davantage de combat pour trouver les bons utilisateurs et construire un modèle rentable. Le fondateur peut utiliser l’IA pour développer son app, mais pour la scaler durablement, il devra devoir réussir à acquérir des utilisateurs à un coût maîtrisé, à les fidéliser et à les monétiser. 

Chez Scalebay, c'est précisément notre métier : accompagner les apps du pré-lancement jusqu'au scale, en intégrant les bons outils marketing dès le départ et en combinant ASO, acquisition, customer engagement et monétisation, toujours avec la data au centre. Dans ce nouveau contexte, les fondateurs d'app auront tout intérêt à se renforcer avec des spécialistes extérieurs comme nous pour transformer leur produit en activité rentable.

On peut vibe coder une app. On ne vibe code pas encore sa promotion.

​Et qui seront les perdants ?

JCS - Les premiers perdants seront probablement les développeurs, et autres acteurs dont la seule valeur était la prouesse de développement. Les agence ou équipes qui facturaient (à juste titre) plusieurs mois pour développer un produit ou une feature, subissent une pression considérable.

Il y a également une menace grandissante pour les app sans marque, sans communauté et sans différenciation réelle, leur fonctionnalité pourra être copiée beaucoup plus rapidement.

En résumé, si votre avantage concurrentiel est uniquement votre code, votre avantage est en train de fondre.

​Est-ce que cela signifie qu'il sera plus difficile de réussir une app ?

JCS - Paradoxalement, oui. Il sera beaucoup plus facile de lancer une app et probablement plus difficile de réussir une app.

Des chiffres récemment partagés par RevenueCat illustrent parfaitement ce paradoxe,: malgré l’explosion des lancements, les applications créées avant 2020 génèrent encore 69 % du revenu des apps à abonnement de son échantillon. Les apps lancées depuis 2025 n’en représentent encore qu’environ 3 %.

Cela prouve que publier n’est pas distribuer, et distribuer n’est pas construire une entreprise durable.

Pourtant, certaines nouvelles apps réussissent très vite.

JCS - Clairement, autre chiffre, cette fois ci par Appfigures, qui a identifié 442 apps et jeux lancés en 2024 qui avaient déjà dépassé le million de dollars de revenus bruts sur l’App Store avant la fin de cette même année.

C’est ce qui rend cette période passionnante, il n’a jamais été aussi facile de tenter quelque chose, et un nouveau produit peut toujours devenir énorme très rapidement.

Mais vous allez avoir beaucoup plus de candidats pour quelques centaines de très gros gagnants.

​Quand cette rupture a-t-elle vraiment commencé ?

JCS - ChatGPT fin 2022 a démocratisé l’IA générative. Ensuite sont arrivés les copilotes de développement, puis Cursor, Claude et des environnements capables de produire des morceaux entiers d’application.

Mais 2025 est sûrement l’année où le phénomène commence à devenir visible dans les chiffres des stores, Appfigures observe une hausse de 24 % des nouvelles apps sur l’App Store en un an, la première accélération significative depuis près d’une décennie.

D’ici 2030, je pense que l’on va assister à trois phénomènes : 
  • Premièrement, une explosion du nombre de micro-apps. Des produits capables d'être rentables avec quelques milliers d'utilisateurs parce que leur coût de création sera extrêmement faible.
  • Deuxièmement, une explosion de la concurrence. Il y aura dix applications là où il n’y en avait auparavant que deux ou trois.
  • Troisièmement, un déplacement massif de la valeur vers la distribution. Trouver son audience, acheter correctement cette audience, convertir, retenir et monétiser deviendront encore plus déterminants.
Le prochain gros challenge ne sera plus : “Est-ce qu'on est capable de construire cette app ?”, ce sera : “Pourquoi quelqu’un téléchargerait la nôtre plutôt que les 50 autres ?”

Pendant quinze ans, avoir la capacité de construire une bonne application constituait déjà une barrière à l’entrée. Cette barrière là est en train de disparaître.

Le code devient moins rare. L’attention, elle, reste extrêmement rare. Et il y a fort à parier que toute l’économie du mobile va progressivement se réorganiser autour de cette réalité.

Jérôme B
Pionnier de la presse en ligne avec le lancement de NetEconomie.fr en 1999, Jérôme Bouteiller est... En savoir plus sur cet auteur


Tags : scalebay
Lundi 12 Octobre 2026


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