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​Assurance : 80% des réponses d’une IA incomplètes ou erronées


Une étude choc menée par la néo-assurance Leocare révèle que 80 % des réponses fournies par les intelligences artificielles génératives sur des questions d’assurance sont incomplètes ou erronées. Entre approximations juridiques et retards réglementaires, le conseil humain garde, pour l'instant, une longueur d'avance décisive.



C’est devenu un réflexe pour des millions de Français : face à une interrogation sur un contrat auto ou une franchise habitation, on interroge ChatGPT, Gemini ou Mistral. Mais cette apparente facilité cache un danger réel. Selon une vaste enquête réalisée par Leocare, une société basée à Rennes, le verdict est sans appel : seulement 20,6 % des réponses fournies par les IA les plus populaires sont totalement fiables. Pour l’assuré, le risque de se retrouver sans couverture après avoir suivi un mauvais conseil est loin d'être négligeable.

500 questions au crash-test

Pour mesurer la fiabilité de ces outils, Leocare a soumis les 500 questions les plus fréquemment posées par les assurés à quatre plateformes : Claude (Anthropic), Gemini (Google), ChatGPT (OpenAI) et Le Chat (Mistral). Sur les 2 000 réponses analysées, le taux de défaillance est alarmant. Si les IA s'en sortent sur les définitions basiques (comme la différence entre "tiers" et "tous risques"), elles perdent pied dès que la situation se complexifie.

C’est dans le secteur de l’assurance moto que le taux d’erreur est le plus fort (jusqu’à 32 % d’erreurs pour Mistral), suivi de près par l’habitation, où les exclusions spécifiques (drones, trampolines, panneaux solaires) piègent les algorithmes.

Trois types de failles critiques

L'étude identifie trois zones de "turbulences" où l'IA s'avère particulièrement trompeuse :
  • Les nuances juridiques : Interrogées sur la conduite d’un enfant mineur ou le prêt d’un véhicule, plusieurs IA affirment catégoriquement que la garantie est annulée. Or, elles ignorent une subtilité majeure du droit français : la Responsabilité Civile (RC) continue d’indemniser les victimes tierces, même si l’assureur peut se retourner contre le fautif.
  • Le retard réglementaire : Les IA peinent à suivre le rythme législatif. À propos de la suppression de la "carte verte" au 1er avril 2024, ChatGPT annonce une date erronée (2022), tandis que Mistral affirme qu'elle est toujours obligatoire.
  • Les exclusions cachées : Concernant la "garantie valeur à neuf", les IA omettent souvent de préciser qu'elle est limitée dans le temps (souvent 2 ans). Un oubli qui peut coûter des milliers d'euros à un assuré persuadé d'être protégé.
À chaque IA son "tic" de langage

L’enquête de Leocare dresse également un profil psychologique de ces conseillers virtuels. Claude est jugé "trop péremptoire", avec des réponses courtes et souvent binaires. ChatGPT, à l'inverse, est le roi de la prudence : il abuse des "peut-être" et des renvois aux conditions générales, produisant un discours souvent vide de substance concrète.

Mistral, de son côté, souffre de biais répétitifs, suggérant que certaines garanties sont optionnelles alors qu’elles sont incluses d'office par la loi (comme les catastrophes naturelles). Seul Gemini semble tirer son épingle du jeu en adoptant un profil proche de l'expert, incluant des chiffres et des avertissements pratiques.

Le conseiller humain, dernier rempart

Au-delà du constat technique, cette étude souligne une limite structurelle de la technologie. L’intelligence artificielle traite l’assurance comme une base de données figée, là où le métier d'assureur repose sur l'analyse de situations particulières et mouvantes.
« Un professionnel ne répondra jamais par un simple "oui" ou "non" », souligne Christophe Dandois, CEO de Leocare. Pour lui, l'expert humain reste le seul capable d'engager sa responsabilité juridique tout en adaptant son conseil à l'historique précis d'un client.

En conclusion, si l'IA peut servir de dictionnaire pour dégrossir des concepts, elle reste un guide bien peu fiable pour naviguer dans le maquis des contrats. Pour l'heure, en cas de sinistre, mieux vaut encore décrocher son téléphone que d'ouvrir une fenêtre de chat.

Jérôme B
Pionnier de la presse en ligne avec le lancement de NetEconomie.fr en 1999, Jérôme Bouteiller est... En savoir plus sur cet auteur


Tags : Leocare
Mardi 5 Mai 2026


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