IA : Bruxelles accentue la pression sur Meta pour libérer l’accès à WhatsApp


Dans le cadre du Digital Markets Act (DMA), la Commission européenne exige que la maison-mère de Facebook permette l’intégration d’assistants d'intelligence artificielle concurrents au sein de sa messagerie instantanée. Un nouveau bras de fer s'engage sur le terrain de l'interopérabilité.



 

L’hégémonie de Meta sur ses propres services est de nouveau contestée par les régulateurs européens. Selon des sources proches du dossier, Bruxelles aurait signifié à l'entreprise de Mark Zuckerberg une nouvelle obligation de taille : l’ouverture de WhatsApp aux agents conversationnels (chatbots) développés par des tiers.
Le DMA comme levier de concurrence

Désignée comme « contrôleur d'accès » (gatekeeper) par l'Union européenne, Meta est soumise aux règles strictes du règlement sur les marchés numériques (DMA). Si le groupe a déjà entamé des travaux pour rendre sa messagerie techniquement compatible avec d'autres services de discussion, la Commission souhaite désormais étendre ce principe aux outils d'IA.

L’objectif des régulateurs est limpide : empêcher Meta de favoriser exclusivement son propre outil, « Meta AI », au détriment de solutions rivales comme ChatGPT (OpenAI), Claude (Anthropic) ou Gemini (Google). Pour Bruxelles, l'utilisateur européen doit pouvoir choisir son assistant numérique sans quitter l'interface de WhatsApp.
Un défi technique et stratégique

Pour le géant californien, cette injonction représente un défi de taille. Jusqu'à présent, Meta a investi massivement pour intégrer ses propres modèles de langage (Llama) au cœur de son écosystème. Ouvrir les portes de sa plateforme à la concurrence directe pourrait non seulement complexifier l'architecture technique de l'application, mais aussi freiner sa stratégie de monétisation de l'IA.

De son côté, Meta temporise, invoquant souvent des questions de sécurité et de confidentialité des données pour justifier la fermeture relative de son système. Cependant, le régulateur européen semble peu enclin à la souplesse. En cas de non-respect prolongé des règles d'interopérabilité, l'entreprise s'expose à des sanctions financières colossales, pouvant atteindre jusqu'à 10 % de son chiffre d'affaires mondial annuel.
Vers un changement de paradigme pour les utilisateurs ?

Si Meta finit par céder, cette décision pourrait transformer radicalement l'usage des messageries mobiles en Europe. WhatsApp ne serait plus seulement un outil de communication, mais une plateforme ouverte où chaque utilisateur pourrait personnaliser son expérience en choisissant l'IA de son choix pour rédiger des messages, traduire des conversations ou organiser son emploi du temps.

Ce dossier confirme la détermination de l'Union européenne à transformer les « écosystèmes fermés » des Big Tech en marchés ouverts, garantissant ainsi que l'innovation en matière d'IA ne reste pas captive des infrastructures dominantes.


Pionnier de la presse en ligne avec le lancement de NetEconomie.fr en 1999, Jérôme Bouteiller est… En savoir plus sur cet auteur

Mardi 10 Février 2026

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